Cartographier les ressources numériques en bibliothèques

Face au défi de la valorisation des offres de ressources numériques en bibliothèques, la cartographie se développe comme une solution visuelle efficace et attractive.

Carte 1. Vidéo à la demande, offre des bibliothèques municipales. Editorial BBF 2025-1
Carte 2. Vidéo à la demande, offre des bibliothèques départementales. Editorial BBF 2025-1

Deux projets témoignent de l’intérêt grandissant pour les outils de visualisation cartographiques : Bibliothèque expansion Numérique (BxN), porté par Victor Gayed, référent numérique à la bibliothèque de Sotteville-lès-Rouen, et les cartes proposées par Guillaume Hatt, responsable de l’Observatoire de la Lecture Publique (OLP) au ministère de la Culture, publiées dans le Bulletin des bibliothèques de France (2025-1).

Quelles sont les origines de ces projets de cartographie et pourquoi avoir choisi de travailler spécifiquement sur les ressources numériques ?

Victor Gayed : L’idée est née en 2024, pendant mes études. Dans le cadre de mon mémoire, consacré à la perception des ressources numériques par les usagers, j’ai rassemblé une documentation importante sur le sujet, qui m’a rapidement passionné. En revanche, je n’ai pas trouvé de jeux de données récents et exploitables. L’idée a alors émergé de créer un référentiel utilisable par tous : étudiants, chercheurs, professionnels des bibliothèques ou simples curieux.
La même année, j’ai redécouvert les projets participatifs et les technologies associées : le projet BxN s’est construit comme un prolongement naturel de ce travail de recherche.

Guillaume Hatt : L’idée répond à un besoin ancien : identifier, du point de vue de l’usager, le point d’accès le plus proche à une ressource numérique donnée, et, du point de vue des politiques publiques, éviter la superposition d’offres identiques sur un même territoire. La réalisation de ces cartes est plus conjoncturelle : il s’agissait à la fois d’un test avant un éventuel travail de cartographie à plus grande échelle, et du fruit d’échanges autour de la présence d’offres de vidéo à la demande dans les bibliothèques publiques.

Quels sont les acteurs impliqués dans ces deux projets ?

V. G. : J’ai d’abord mené ce projet seul, puis les personnels de bibliothèque ont largement participé à son évolution, aussi bien par l’ajout de données que par des retours sur la manière de les représenter. Aujourd’hui, une cinquantaine de personnes ont contribué. J’ai également pu m’appuyer ponctuellement sur l’équipe technique de GogoCarto, le logiciel libre utilisé pour créer cette carte collaborative en ligne.

G. H. : Les données proviennent de l’enquête annuelle de l’OLP, qui est particulièrement complète. Pour l’aspect cartographique, je travaille avec un collègue géographe-géomaticien, nous avons réfléchi ensemble aux choix de représentation les plus pertinents.

Quels outils techniques avez-vous utilisés ? Ces projets nécessitent-ils des compétences particulières ?

V. G. : Comme il s’agissait au départ d’un projet individuel, il me semblait important de m’appuyer sur un outil qui ne soit pas géré par un grand groupe. C’était aussi une manière de rassurer les futurs contributeurs. GogoCarto est une solution clé en main, libre, française, très modulable, et adaptée à la cartographie participative. Ces caractéristiques m’ont permis de mener le projet sans compétences techniques avancées.

G. H. : Dans le cadre de l’OLP, l’objectif était de retrouver une visualisation de données auparavant proposée par un outil devenu obsolète. Un outil libre, Terra Visu, a donc été retenu, capable d’interpréter les données de l’enquête annuelle sur l’activité des bibliothèques territoriales et de les traduire sous forme de cartes. Il s’agit d’une solution temporaire avant un potentiel projet à plus grande échelle.

À qui s’adressent ces cartographies ?

G. H. : Elles s’adressent d’abord aux professionnels des bibliothèques et de l’aménagement du territoire. Elles peuvent également répondre aux besoins du grand public, notamment pour identifier la bibliothèque la plus proche proposant une ressource donnée.

V. G. : À l’origine, BxN était pensé comme un projet « par tous et pour tous ». Mon cœur de cible reste cependant les professionnels des bibliothèques, notamment parce que ce sont eux que je sollicite pour la participation et que des documents partagés leur sont spécifiquement destinés.

Ces cartographies reposent en tout ou partie sur les données issues de l’enquête annuelle de l’OLP. Cette enquête peut parfois être perçue comme contraignante.
La visualisation des données est-elle une manière de donner davantage de sens et de visibilité ?

G. H. : Tout à fait. L’enquête annuelle représente un travail conséquent pour les bibliothèques, quelle que soit leur taille. Les cartes permettent de valoriser cet effort, de donner une visibilité concrète aux données produites et d’inciter, dans la durée, à une participation de qualité. Ce travail avait déjà été entamé dans l’Atlas des bibliothèques territoriales, paru en janvier 2024. Ici, l’ambition est de montrer tout ce que l’on collecte et ce que l’on pourrait en faire : des visualisations dynamiques, à la fois dans le temps et dans l’espace, avec des possibilités de zoom territorial. Le projet est ambitieux et ne peut se construire que progressivement, mais il s’inscrit dans l’objectif de rapprocher la communication française de celle menée dans d’autres pays. Le Danemark, par exemple, propose des visualisations dynamiques de ses données relatives aux bibliothèques, dont une partie consacrée aux ressources électroniques.

Vos cartes révèlent immédiatement la manière dont les ressources se répartissent sur le territoire. Quels enseignements peut-on en tirer ?

G. H. : Elles montrent que des collectivités géographiquement proches, mais relevant de structures administratives différentes, proposent parfois des offres équivalentes. Sans remettre en cause l’autonomie des collectivités, cela met en évidence des possibilités de mutualisation. Elles soulignent également le rôle central des bibliothèques départementales.

V. G. : La cartographie peut favoriser les échanges entre professionnels : identifier des établissements proposant une ressource donnée, prendre contact pour échanger sur les conditions de mise en œuvre, les difficultés rencontrées ou les solutions adoptées. La représentation spatiale facilite clairement l’entraide.

Si vous envisagez de pérenniser ces travaux, quels moyens mobiliser et à quel rythme les données seront-elles mises à jour ?

V. G. : Je n’ai pas fixé de date de fin. Je compte poursuivre le projet sur plusieurs années, en y consacrant un peu de temps chaque semaine : relance des participations, amélioration des fonctionnalités, mise à jour progressive des données. Les projets participatifs demandent du temps pour s’installer, mais l’actualisation se fait au fil de l’eau.

G. H. : Pour l’OLP, la pérennisation suppose une solution d’hébergement et de maintenance adaptée à un outil national. Le développement des outils de datavisualisation de la plateforme data.gouv.fr est actuellement la piste la plus prometteuse. Cela permettrait d’exploiter la publication annuelle des données, qui se fait déjà dans l’entrepôt de données ouvertes de l’enquête.

Quel regard portez-vous sur vos projets respectifs ?

V. G. : La représentation graphique des données, enrichie de filtres interactifs, est un atout précieux par rapport aux tableaux bruts : elle facilite l’appropriation de l’information, permet de se situer dans l’espace géographique et d’observer en un coup d’œil ce que font les territoires voisins. L’intérêt grandissant des professionnels pour les cartographies témoigne de l’efficacité de ces représentations.

G. H. : Ces deux projets ont une réelle complémentarité et permettent l’un comme l’autre de valoriser les ressources numériques en bibliothèques et de nourrir la réflexion sur les politiques publiques de lecture.

Publié le 30/01/2026

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