Tester l’accessibilité des ressources numériques
Comme de nombreuses bibliothèques, la Bibliothèque publique d’information (Bpi) s’investit depuis plusieurs années dans l’amélioration de l’accessibilité de ses sites. Mais comment s’assurer que les ressources numériques proposées soient bien accessibles à tous ?

Rendre les sites de bibliothèques accessibles, une obligation légale
L’année 2025 a marqué les vingt ans de la loi du 11 février 2005 pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées. Cette loi dite « handicap » consacre la notion d’accessibilité qui recouvre l’ensemble des aménagements et dispositifs permettant à toute personne, quel que soit son handicap, d’accéder de manière autonome et équitable à ses droits, à un espace ou à un service.
Le numérique est aussi concerné. Un cadre d’évaluation de référence est créé en 2009, le Référentiel général d’amélioration de l’accessibilité. Le cadre législatif français et européen s’est renforcé avec l’introduction de sanctions pécuniaires en cas de non-conformité en 2023 et l’extension des obligations d’accessibilité au livre numérique natif en 2025.
Concrètement, les bibliothèques doivent :
- prévoir un audit d’accessibilité et faire effectuer les corrections nécessaires ;
- publier sur le site de la bibliothèque une déclaration d’accessibilité et un schéma pluriannuel d’accessibilité.
Le résultat de ces démarches est mesuré, depuis plus de 10 ans, par le Baromètre de l’accessibilité numérique en lecture publique, piloté par le ministère de la Culture. Les deux premiers volets du baromètre portent sur les sites web, les portails et les catalogues des bibliothèques. Le troisième volet évalue l’accessibilité des ressources numériques proposées par les bibliothèques. Or, si les bibliothèques peuvent améliorer de manière assez autonome l’accessibilité de leurs sites internet, elles sont, pour leurs abonnements numériques, entièrement dépendantes des producteurs des bases de données, qui sont les seuls à pouvoir améliorer l’accessibilité de leurs sites. Dès lors, l’accessibilité des bases de données est très variable, selon la politique des éditeurs mais également les contraintes juridiques auxquelles ils sont soumis.
Bien souvent, c’est donc en posant systématiquement la question aux éditeurs lors des négociations ou des formations que l’on parvient à obtenir plus d’informations sur l’accessibilité réelle de leur site. Quoi qu’il en soit, il demeure important de confronter le discours des éditeurs à la réalité.
Tester l’accessibilité des ressources numériques proposées
Tester la ressource, de façon autonome ou en collaboration avec des usagers en situation de handicap, permet d’évaluer l’accessibilité réelle.
Quelques outils pour tester l’accessibilité d’une ressource numérique
Tout bibliothécaire peut tester l’accessibilité d’une ressource. Il est possible d’effectuer une série de tests assez simples en autonomie, afin de s’assurer que les principaux critères d’accessibilité sont respectés. Par exemple :
- utiliser une synthèse vocale pour comprendre ce qu’entendent des lecteurs malvoyants (NVDA, Jaws…) ;
- vérifier que la navigation au clavier seul est possible (être notamment attentifs à la bonne hiérarchie des titres et menus ou à l’utilisation des formulaires en utilisant HeadingMap par exemple) ;
- vérifier dans le code source la langue (si le code est en anglais, le lecteur vocal lira en anglais) ;
- vérifier l’accessibilité des médias (fonctionnement des lecteurs, existence de sous-titrages etc…) ;
- vérifier les contrastes de couleurs (comme avec le logiciel libre Colour Contrast Analyser).
Cependant, le retour d’expérience des usagers déficients visuels reste le plus probant. Lors de la journée nationale annuelle sur le handicap et les bibliothèques 2025, la question de l’accessibilité numérique des ressources était abordée en atelier en prenant pour exemple l’Université Clermont Auvergne (UCA), qui a proposé à des étudiants déficients visuels en Droit de tester les ressources les plus usitées.
Tester l’accessibilité en conditions réelles, l’exemple d’Universalis
Échanger avec des usagers ou des collègues malvoyants est très instructif. Confronter les deux perceptions, les deux navigations d’un site web permet d’appréhender le site tel qu’il est construit et de prendre conscience des points de blocages.
Ali Chihani, bibliothécaire et malvoyant, travaille à Eurêkoi, le service de questions/réponses de la Bpi. Pour éviter l’expérience décevante d’une ressource inaccessible, Ali Chihani propose de parcourir une ressource qu’il a l’habitude d’utiliser quotidiennement pour répondre aux usagers, Encyclopaedia Universalis.
Ali accepte de tester le parcours usager à partir de Bpi.fr. Habituellement, il préfère se rendre directement sur le site d’Universalis. Il y accède en mode abonné sans identification (dans les murs de la bibliothèque, l’accès aux ressources est direct avec une authentification par reconnaissance d’adresse IP.) Pour arriver sur l’encyclopédie en ligne en passant par le menu Bpi numérique et la liste des ressources à distance, Ali ne rencontre aucun obstacle. Sa navigation est facilitée par le fait qu’il connaisse bien le site de la Bpi et qu’il sache exactement ce qu’il cherche.
L’architecture du site est primordiale à sa lisibilité. Structurer la page, hiérarchiser les titres rendent simplement possible la navigation au clavier. Plus la structure du site est simple, conçue de façon logique, rigoureuse et hiérarchisée, plus la navigation sera aisée ; et ce pour tout le monde puisque les principes d’accessibilité profitent à tous.
Ali navigue au clavier avec le lecteur vocal Jaws. Il navigue de titre en titre : « t tab » pour avancer et « shift t » pour revenir aux titres précédents. Il peut également naviguer de lien en lien. Le lecteur vocal lit le code source. Si le code source n’est pas traduit, si une image n’a pas de texte alternatif, si le champ est mal nommé, ce sont autant d’obstacles qui empêchent la lecture d’informations essentielles.
Le raccourci « e » permet d’entrer dans le pavé de recherche bien identifié. Ali saisit sa recherche et accède à la liste des résultats. L’article est pertinent et permet de répondre à la question de l’usager.
Un lecteur lambda pourra voir qu’il est possible d’écouter l’article en cliquant sur le bouton lecture. Au lecteur vocal, ce bouton a pour alternative textuelle « écouter le podcast ». Jaws reconnaît le bouton mais il est inactif. On ne peut lancer la lecture audio de l’article qu’en cliquant avec la souris sur le bouton lecture. Or, la souris est inaccessible pour une personne déficiente visuelle… Dans ce cas précis, il n’y a pas de déperdition d’informations car il n’y a aucune différence entre la version audio et l’article lu par Jaws. Encore faut-il être en mesure de le vérifier…
En fin d’article, la partie bibliographique est très utile pour citer la référence et donner le lien direct de l’article de l’encyclopédie Universalis.
Conclusion
Ce test, effectué par Ali Chihani, révèle et valide l’accessibilité réelle d’une ressource au-delà de la conformité technique. Le bibliothécaire a pu utiliser l’encyclopédie et donner une réponse fiable et sourcée à l’usager. Universalis peut devenir un outil de travail quotidien. Enfin, une expérience positive. En effet, les collègues malvoyants sont souvent sollicités pour tester et constater que la ressource n’est pas accessible. La multiplication d’expériences négatives peut être lassante.
Au catalogue national des ressources numériques adaptées pour les bibliothèques de lecture publique, le comité d’évaluation porte un soin particulier à l’accessibilité. La fiche publique de chaque ressource décrit la démarche accessibilité de l’éditeur et l’évaluation prend en considération les tests effectués par les bibliothécaires.
Tout en incitant fortement les éditeurs à se mettre en conformité, les bibliothécaires peuvent également valoriser les outils accessibles et utilisables par tous.
Publié le 04/03/2026
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